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"Aujourd'hui même les morts sont en danger "
(Walter Benjamin)
Quelque part en Amérique du Sud, une contrée sans nom (qui rappelle étrangement le Chili) : un pays qui se libère avec peine du joug de la dictature, un peuple qui panse ses plaies, recherche ses disparus.
Paulina Escobar compte parmi les innombrables victimes de cette dictature militaire. Emprisonnée, violée, torturée, à l'époque où elle militait dans un journal d'opposition estudiantine, elle porte encore les stigmates de ces sévices.
Son mari, Gerardo, est un brillant politicien libéral. Il présidera bientôt une commission chargée d'enquêter sur les assassinats, et devra donc travailler main dans la main avec les membres d'un Gouvernement qui a cautionné, autrefois, la junte militaire au pouvoir. Junte qui a pris soin, avant de se dissoudre, d'assumer sa propre protection en s'auto-amnistiant. Comme au Chili, les bourreaux échapperont donc à la justice.
Tombé en panne un soir d'orage, Gerardo est pris en stop par un médecin courtois et cultivé qui pourrait bien être le tortionnaire de sa femme. Paulina reconnaîtra la voix de celui qui 15 ans plus tôt lui a infligé - alors qu'elle était cagoulée - les pires tortures. Elle ne le lâchera plus.
Mais est-ce vraiment lui le bourreau ?
La Jeune Fille et la Mort devient alors un huis clos diabolique où les trois personnages passent tantôt du rôle de victime à celui de tortionnaire, de juge à celui d'avocat.
" Dans certaines circonstances, dit l'auteur, des gens qu'on soupçonne d'être lâches se révèlent de grands héros. Et inversement
"
Autant une pièce politique qu'un polar angoissant La Jeune Fille et la Mort est un spectacle essentiel qui pose des questions de fond : Comment de bons pères de famille peuvent-ils devenir des tortionnaires ? Et faut-il ou non pardonner à nos bourreaux ?
Traduite en plus d'une trentaine de langues et jouée avec succès à Broadway avec Glenn Close, Gene Hackman et Richard Dreyfuss, la pièce a également fait l'objet d'un film réalisé par Roman Polanski avec Sigourney Weaver, Ben Kingsley et Stuart Wilson.
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