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Mais la France n'a pas encore découvert son interprétation tonitruante d'Allah Superstar, la pièce qu'il joue au Théâtre de Poche de Bruxelles, jusqu'au 1er avril. Parce que la peur s'est installée. Roland Mahauden, directeur du Poche, confirme : "Les portes se referment, des confrères parisiens m'ont expliqué que le titre de la pièce lui-même leur semblait "ambigu, inutilement provocateur"".
Gennaro Pitisci, qui a notamment monté Gembloux, une pièce écrite par Sam Touzani et contant l'aventure véridique de soldats marocains dans les plaines wallonnes lors de la deuxième guerre mondiale, souligne que d'autres directeurs parisiens lui ont fait part de leur "admiration" du travail de Touzani. Toutefois il leur paraissait "moins souhaitable", de monter son spectacle.
Dans Allah Superstar, tirée du roman de Yassir Benmiloud, dit "Y.B.", ancien chroniqueur algérien, pourchassé par les islamistes et réfugié à Paris, Sam Touzani est seul en scène. Il incarne Kamel Hassani, "jeune d'origine difficile" qui, pour suivre les traces de Jamel Debbouze et réaliser son rêve - "passer chez Ardisson" - va, par pur calcul, se muer en un intégriste, conseillé par l'imam de sa cité. Cet âne lui soutient, dans son sabir, que "les mécréants rient sur ce qu'ils ont peur" et qu'il doit donc "leur faire peur contre l'islam".
Débridé, cynique - "quand t'es bronzé, t'as deux solutions : soit tu fais peur, soit tu fais rire" - le spectacle évoque, plus sérieusement, la souffrance d'un jeune qui recherche en vain sa voie. Kamel, qui s'est rebaptisé Kamel-Léon, arrivera à ses fins. Et même sur la scène de l'Olympia, un 11 septembre. Et devinez comment s'achève cette farce brûlante...
Touzani, porte la pièce à bout de bras. Avec l'espoir qu'elle ouvrira les yeux à tous. Aux jeunes, d'abord, qui viennent la voir et qui, dit-il, "entrent aujourd'hui plus facilement à la mosquée que dans une boîte". L'acteur veut s'adresser aussi à ceux qui cèdent à la force manipulatrice de la religion.
Et enfin à ceux qui, désormais, compliquent toute solution pacifique en ne parvenant pas à distinguer l'islam de l'islamisme, l'arabe du terroriste. "Après l'effondrement des tours de New York, l'une de mes amies est venue vers moi et m'a questionné : "Mais qu'est-ce qui vous arrive ?" Cela m'a laissé pantois."
Touzani aime à rappeler une définition de l'auteur d'Allah Superstar : "L'islam, c'est l'exploitation de Dieu par l'homme ; l'islamisme, c'est le contraire." A ceux qui, comme son amie, mélangent tout, il lance : "Moi, je suis musulman, mais c'est pas grave, je vais rien te faire. Et mon père, quand il fait cinq prières par jour, c'est vers la Mecque, c'est pas contre toi."
Là, il est dans le jeu, dans la peau de Kamel-Léon. Car le vrai Sam Touzani revendique sa laïcité militante. "A certaines absurdités de la foi, je veux opposer l'intelligence de la raison." Il s'est engagé au Comité belge d'action laïque. Il double cet engagement d'une participation active au Cercle républicain. Un héritage familial : sa famille, d'origine berbère, a refusé toute allégeance à l'ancien roi du Maroc Hassan II.
"Il faut arrêter de cautionner des dictatures, sous prétexte qu'elle font barrage à l'islam. C'est faux, elles encouragent l'islam en maintenant des gens dans la misère !" Au passage, il lâche un coup de griffe à Jamel Debbouze et Gad Elmaleh, ces demi-frères : "Ce sont des icônes, mais ils se mettent dans des positions intenables : comment taper sur Sarkozy ou Chirac tout en baisant la main de Mohamed VI ?"
A Bruxelles, Sam Touzani parle régulièrement de l'intolérance ou de la Palestine avec des juifs. Il s'est engagé contre le port du voile à l'école, soutenu par la gauche belge. Il a adhéré à Ni Putes ni soumises, un mouvement dans la ligne de mire des islamistes mais aussi, désormais, de certains intellectuels réputés progressistes. Ceux que Touzani baptise "la nouvelle race des sectaires, ceux qui ont une barbe qui pousse à l'intérieur".
Pour toutes ces raisons, il est devenu la bête noire de sites Web radicaux, qui le placent en tête de leur liste des hommes à faire taire et de certains groupes marocains qui l'accusent de ne pas aimer "son pays", sous-entendu le Maroc.
Qu'à cela ne tienne, il veut poursuivre son chemin vers la liberté. Avec ses convictions si fortes, ce franc-parler ravageur, hérités, dit-il, de son vrai père, qu'il distingue de son géniteur, un musulman pieux avec lequel il ne pouvait parler mais qu'il respecte. "Il croyait que la terre était plate, mais il m'a inculqué des valeurs essentielles". Le vrai père, fut Mohamed El Baroudi, un opposant réfugié. Il aime à dire que cet homme lui a enseigné la seule sainte trilogie qui compte à ses yeux : "l'éducation, la connaissance et la pensée pour soi, celle qui t'apprend à ne pas subir".
C'est une autre triptyque qu'il abordera bientôt, dans un nouveau spectacle, Liberté, égalité, sexualité. Le sujet ? Mi-grave : "Les musulmans doivent se décoincer" ; mi-drôle : "Je préfère le monokini au monothéisme". Comme d'habitude.
1968
Naissance à Bruxelles.
1993
Comédien à la Compagnie du Brocoli et présentateur d'une
émission pour les jeunes à la RTBF.
2005
"Gembloux, à la recherche de l'armée oubliée", à Avignon.
2006
Reprend "Allah Superstar", au Théâtre de Poche, à Bruxelles,
jusqu'au 1er avril.