CONTE CRUEL | CRITIQUE
Mis en ligne le 18/09/2009
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Caroline Safarian et René Bizac content l'itinéraire d'une femme en prison.
Des images animées sur un écran au centre de la scène, sombres, des traits de peinture évoquant des bois, un pelage puis un œil. Une voix résonne, "Je suis la complice du loup", un poème d’enfant inquiétant. D’emblée, la référence au conte rassure mais effraie aussi. Puis, lumières directes, Guylaine entre en scène bien habillée et bien coiffée, elle s’installe dans son nouvel appartement et, hésitante, se demande bien par quoi commencer.
Co-auteurs, Caroline Safarian et René Bizac se sont inspirés de l’itinéraire de Guylaine, rencontrée à la prison de Forest, pour créer cette pièce hybride, sorte de conte funèbre (Lire LLC du 09/09) mêlant imaginaire et événements vécus. De cette histoire particulière, ils ont créé une parole, un ton touchant, sensible et fragile sous l’apparente force du personnage qui se dédouble car à soixante ans, Guylaine, tout juste sortie de prison ne parvient pas à se raconter. C’est donc un duo d’actrices, Catherine Salée et Véronique Dumont - co-lauréates des prix de la Critique 2008 dans la catégorie "Meilleure comédienne" - qui interprètent cette femme, la première au présent, la seconde dans le passé. Toutes deux captivantes, elles portent le texte et l’incarnent d’une manière impressionnante suscitant mille images par la seule force du jeu soutenu par la mise en scène sobre et efficace de René Bizac et la scénographie sans fards de Sophie Carlier.
On imagine sans mal la vieille tante sadique qui pue de la bouche, les visites de la mère sans tendresse, puis le mariage avec Julio, la naissance des jumeaux et le divorce et un nouvel amant et les galères et ce rêve qui sous-tend chaque effort : l’ouverture d’une librairie. Mais à chaque pas, à chaque échec, les yeux du loup guettent et l’attirent peu à peu dans l’ombre jusqu’à ce qu’elle glisse et cède, par peur et par amour.
Dans ce récit plein d’humanité et absolument pas dénué d’humour, il ne s’agit pas de dénouer la réalité de la fiction ni d’y lire une quelconque morale ou message dénonciateur, mais simplement d’évoquer l’itinéraire d’une femme malmenée par les épreuves de sa vie, les concours de malchance et, surtout, les violences des hommes.
A la fois cruel et poétique, ce conte se reflète et est soutenu à la fois par les dessins obscurs, - le loup métaphoriquerévélant obsessions et angoisses - de Thierry Van Hasselt qui défilent, s’enroulent, se suivent sur l’écran-mur créant une esthétique et une ambiance inquiétante. Jouant sans cesse sur la dualité, rôle dédoublé, flou entre le bien et le mal, comédie et tragédie, humour et tristesse intense, "Peau de loup" fait frissonner. Intense et beau.
Cet article provient de http://www.lalibre.be