Samedi 10 juillet 2010
critique de Fatima Miloudi - www.lestroiscoups.com
« Les Monologues voilés » :
le vagin sous toutes les coutures
Adelheid Roosen présente, à la chapelle du Verbe-Incarné à Avignon, la version française des « Monologues voilés ». Quatre femmes en scène, quatre belles femmes, nous ouvrent les portes de l’intimité féminine. Dans une chaleureuse complicité, elles relaient la parole des quelques soixante-dix musulmanes hollandaises interviewées par l’auteur. Des histoires multiples comme la vie, tantôt terribles et barbares, tantôt pleines de désir et de liberté.
Autour du vagin, la Femme. En regard aux Monologues du vagin d’Ève Ensler, qu’elle a interprétés, Adelheid Roosen a écrit douze monologues, avec incursion dans une autre sphère féminine – l’orientale –, celle que l’Occident, en ces temps d’intégrisme, ne comprendrait, selon l’auteur, qu’au travers de beaucoup de préjugés. Derrière le voile « identitaire » se cache une femme libre ou éprise de liberté. Elle serait même plus libre que l’Occidentale. Le Coran mentionne le plaisir sexuel tandis que l’Ancien Testament n’envisage le corps que pour la procréation. En dehors de ces référents religieux et du présupposé occidental sur l’enfermement de la femme musulmane – que l’on vérifie, tout de même, dans le combat mené par quelques-unes –, le ton ne porte pas à la polémique et, malgré les quelques récits dramatiques, le parti pris est bien souvent celui du rire.
Le vagin, « la » con, la bouche…
Dans son discours sur le sexe – le vagin, « la » con, la bouche… –, la femme musulmane accepte son identité, sans s’encombrer de la compassion occidentale. Elle en jouit, par le verbe et par le corps, de toute sa puissance de femme. D’ailleurs, ça commence fort et clair avec « le Monologue du zèbre ». Le zèbre, sexe rasé, dont on clame la renaissance depuis le mariage avec un Kurde. Les doigts de l’homme savent y faire, au moins. On n’en dit pas autant du précédent compagnon, un Hollandais. Dans un autre monologue, il en prend aussi pour son grade, Gérard, homme sans passion qui questionne, comme un technicien, la femme sur ses zones érogènes…
Heureusement que presque tout tourne à la dérision. Cela pourrait presque être lourd parfois, mais c’est toujours un travail d’équilibriste qui ne tombe pas dans la vulgarité. Ainsi rit-on à la présentation scientifique de l’hymen au moyen de chewing-gums ou aux subterfuges pour faire croire à la virginité – boulette de sang d’agneau coagulé à placer dans le vagin, capsule de gélatine… Les femmes savent rire. Mais elles savent aussi conter, sans honte, les vérités monstrueuses. Après un apprentissage de l’orgasme, telle se rend compte, finalement, que son vagin n’est qu’un « permis de séjour » pour l’homme qu’elle aime. Une jeune fille, dans l’espace protégé du hammam, se voit soudain déflorée par le regard de sa mère qui lui somme de se baisser et d’écarter les jambes. Elle lui annonce, au vu de la taille du clitoris, que, ô malheur, elle n’est plus vierge. Et elle de la croire comme on croit une mère. Les histoires de cet ordre sont foison.
La pièce joue du pire et du meilleur. Les histoires nous permettent-elles un nouveau regard sur la femme musulmane ? À vrai dire, cela dépend d’où chacun part. Ce qui ressort de la pièce, c’est un amour énorme de la vie et un désir intense d’épanouissement. Et, avec l’atmosphère de salon intime où les quatre jeunes femmes endossent différents rôles, on part du théâtre avec le sentiment d’une généreuse humanité. Chaque comédienne touche, et la voix de Hassiba Halabi nous emmène vers un là-bas nostalgique, de même que les déhanchements des femmes qui « laissent danser le vagin ».