Critique
Les revers du rêve blanc
Camille Perotti
Mis en ligne le 15/06/2010
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“Un homme est un homme” retrace des itinéraires de migrants.
Théâtre de Poche
Fruit d’une recherche de deux ans pour recueillir les témoignages de migrants par René Georges et Salifou Kientega, "Un homme est un homme" retrace les destins croisés de trois Africains en partance pour le "rêve blanc". Azafali, jeune rasta burkinabé, tente de rejoindre sa fiancée à Budapest, Charles venu aussi de Ouagadougou le prend sous son aile tandis qu’Ansou, Sénégalais, part en tant qu’aîné pour nourrir sa famille.
Si le texte signé René Georges et Olivier Coyette est parfois entortillé, à l’image de l’errance des trois hommes, la mise en scène simple et symbolique illumine l’espace. Sur le plateau, une boule en toile de jute s’élève au fur et à mesure que retentit la voix de Nicolas Sarkozy prononçant son discours paternaliste de 2007, "le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire" De cette Terre nourricière s’échappent pluie de sable et gouttelettes d’eau qui atteignent à peine les migrants comme pour souligner l’injustice du partage des ressources. Afazali Dewaele, Ansou Diedhiou, Charles Wattara, les trois comédiens, interprètent avec ferveur ces hommes qui, d’une funeste traversée en barque jusqu’aux ordures de Naples en passant par le centre fermé de Lampedusa perdent argent, espoir, humanité au fur et à mesure du franchissement des frontières symbolisées par un cercle de sable sur le sol.
Pour que la considération et l’humanité soient rendues à ces hommes et femmes, la compagnie d’"Un homme est un homme" écrit sur le mur : "Si la solidarité devient un délit, nous demandons à être poursuivis pour ce délit !"
Cet article provient de http://www.lalibre.be